Champa, Chhattisgharh, Inde, décembre 2024.
J’étais arrivé un peu par hasard à Champa, alors que j’étais à la recherche des Ramnamis. J’avais finalement laissé tomber l’idée de rencontrer ces derniers, mais Champa m’avait intrigué : pourquoi cette petite ville de quelques dizaines de milliers d’habitants semblait relativement riche ? J’étais arrivé de nuit et la rue principale, la station road, m’avait en effet surpris : ces nombreuses enseignes lumineuses me donnaient presque l’impression d’être dans une grande ville. Intrigué, j’en avais parlé au réceptionniste de l’hôtel où je résidais et il m’avait donné l’explication : une grande partie de la population locale travaillait la soie.
Un savoir-faire ancestral
Je me demandais pourquoi on trouvait des fabricants de soie ici. J’étais convaincu que la soie venait originellement de Chine et que cette technique avait ensuite été importée en Inde où cette activité s’était développée, comme à Varanasi. Ce que je ne savais pas, c’est qu’ici dans cette région, les adivasis (les aborigènes d’Inde) avaient développé leurs propres techniques de fabrication de la soie depuis de nombreux siècles, sans doute sans influence chinoise, et l’activité actuelle de la région de Champa en était l’héritière.

Les cocons venaient de villages du Chhattisgharh et du Jharkhand, souvent ramassés par des adivasis. Les artisans de Champa les achetaient via des coopératives. Les prix étaient fixés en fonction de la qualité du fil. Il y avait en particulier deux couleurs de soie, qui dépendaient de ce qu’avait mangé le ver. L’une, un peu plus chère, était couleur crème, l’autre était dorée.
Des techniques artisanales
Pour fabriquer la soie, on faisait d’abord bouillir les cocons dans de l’eau avec un peu de soude caustique pendant 2 à 3 heures afin de les ramolir. Il était alors possible d’en tirer un filament. À partir de 6 à 8 cocons, en faisant rouler les filaments sur la cuisse, on faisait un fil de soie dont on faisait une bobine à l’aide d’une planchette en bois appelée notwa.
La suite, je l’avais déjà vue : on utilisait des métiers à tisser manuels. Ici les tisserands étaient souvent indépendants. Ils possédaient leur machine et travaillaient en fonction des commandes. Puis venait l’étape de l’amidonnage, pour donner une certaines rigidité au tissu. Comparativement à la soie classique, comme celles de Chine ou de Varanasi, la soie kosa était moins lisse et brillante. Elle avait un aspect plus artisanal qui était assez plaisant.
Mon guide du jour, un jeune entrepreneur de 28 ans mais dont la famille travaillait la soie depuis plusieurs générations, avait pour ambition de développer davantage son activité et de trouver des débouchés à l’étranger, notamment en Europe. Peut-être verrait-on bientôt des foulards en soie kosa en France ?
