Le vendeur d’attar

Jodhpur, Inde, décembre 2018. Si Jodhpur est principalement connue pour son fort et que quelques autres monuments attirent les touristes du monde entier, un des principaux intérêts de la ville est de déambuler dans les ruelles, découvrir des maisons à l’architecture d’un autre temps, observer les gens dans leur quotidien, s’arrêter discuter avec certains, parfois autour d’un agréable chai au gingembre.

C’est ainsi que j’ai rencontré Rajesh. Ce sont ses bouteilles en peau de chameau qui m’ont fait m’arrêter devant sa minuscule boutique située à l’angle d’une rue étroite. Il n’y avait pas de doute à avoir : il vendait de l’attar (ou ittar). Captivé par tous ses flacons, je ne verrais les photos prises avec des touristes accrochées derrière lui que plusieurs minutes plus tard ! « Ma boutique est très vieille : 80 ans ! Elle appartenait à mon grand-père », me dit-il. Et quand je lui ai demandé où il se fournissait, sa réponse ne m’a pas surpris : ses attars venaient de Kannauj, la capitale indienne du parfum. « Avant c’était mon père qui y allait, maintenant c’est moi qui y vais une fois par an. » Il y a encore dans cette petite ville de l’Uttar Pradesh, près de Lucknow et Kanpur, des parfumeurs qui utilisent les mêmes techniques depuis des siècles. Mais Rajesh avait raison, la qualité des attars de Kannauj n’est plus la même. Avec la disparition progressive de la culture de l’attar en Inde, remplacé par les parfums modernes moins coûteux, il a fallu trouver de nouveaux clients. Aujourd’hui une grande partie des artisans de Kannauj travaillent pour l’industrie, fabricant des huiles essentielles destinées à parfumer tabac, sopari et paan masala.

Rajesh se plaignait d’ailleurs de ses clients qui ne suivaient plus les traditions. La plupart d’entre eux achetaient ses attars pour les offrir aux dieux dans les temples voisins de sa boutiques, ou pour leur autel familial. Autrefois, les gens avaient l’habitude de coincer un morceau de coton imbibé d’attar dans l’oreille : un attar chaud, par exemple de samama (un mélange d’épices) pour l’hiver, ou un attar froid, par exemple du khus (vétivier), pendant les grosses chaleurs. Seuls quelques hommes âgés respectaient encore cette tradition.

Avant de me laisser partir, Rajesh m’a offert un chai, et, surtout, a coincé dans mon oreille un morceau de coton imbibé d’attar de khus. Quelques heures plus tard, alors que j’écris ces lignes, son parfum embaume toujours mes narines.

Rajesh au milieu de ses flacons

Rajesh a un compte Instagram, si vous voulez le contacter, ou si vous voulez découvrir sa galerie de selfies pris avec des touristes (ne cherchez pas : je n’y suis pas !)

Lors de ma visite à Kannauj, Rajat, de Meena Perfumery, avait eu l’amabilité de me faire visiter sa petite usine traditionnelle, où les ouvriers étaient en train de produire de l’eau de rose (gulab jal).


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