Guerre aux chrétiens !

Dans l’Occident, on a souvent l’image d’un hindouisme paisible, tolérant et non violent, incarné par un Gandhi idéalisé. Si certaines communautés, comme les Juifs et les Parsis zoroastriens, ont effectivement su trouver leur place, la présence chrétienne fut dès le début plus problématique, en particulier à cause de leur prosélytisme. Beaucoup de chrétiens durent ainsi faire face à des persécutions de la part de fanatiques hindous et furent mis à l’écart de la société. Des violences ont d’ailleurs toujours cours en Inde aujourd’hui envers les minorités chrétiennes et musulmanes.

Cet extrait d’une lettre écrite par un jésuite à propos d’événements survenus en 1710 dans le royaume de Mysore illustre les difficultés rencontrées par les chrétiens :

Les Dasseris¹ s’assemblèrent et vinrent en foule, au son de leurs instruments, assiéger l’église d’où ils savaient que j’étais absent. Il n’y avait alors dans l’église qu’un vieux catéchiste aveugle et un Chrétien qui accourut au bruit que faisait cette troupe insensée. Il n’eut pas plus tôt ouvert la porte que les Dasseris y entrèrent en poussant des cris de joie et en vomissant les plus exécrables blasphèmes contre le vrai Dieu. Ils se saisirent des deux néophytes² et ils les promenèrent dans les rues de la ville, au milieu des huées d’un grand peuple qui les chargeait d’outrages. Après quoi ils les chassèrent de la ville et ils défendirent aux gardes de les y laisser rentrer.

Les Dasseris parcoururent ensuite les maisons de la plupart des néophytes et ils y commirent mille indignités. Ils déclarèrent publiquement les Chrétiens déchus de leur caste et incapables de faire aucun commerce dans la ville. Dès lors il ne fut plus permis aux Chrétiens de puiser de l’eau dans les puits et les étangs publics, d’acheter les plus grossiers ustensiles de ménages, comme de la vaisselle de terre ou d’autre chose de cette nature ni même de faire laver leur linge.

(…)

Le lendemain, les Dasseris publièrent qu’ils avaient la permission du prince de s’emparer de l’église. Ils en chassèrent une famille chrétienne de Brames qui y demeurait et y établirent des familles de leur secte. Ils arrachèrent des médailles que des Chrétiennes portaient au cou ou qu’elles avaient à leur chapelet, et en les attachant par dérision à leurs souliers : C’est ainsi, disaient-ils en les traînant par les rues, qu’il faut traiter le dieu des Chrétiens puisqu’ils ont l’audace de soutenir que nos divinités ne sont que des idoles inanimées.

À peine se furent-ils rendus maîtres de l’église qu’ils en renversèrent l’autel et afin de purifier, disaient-ils, un lieu si abominable, ils y firent leurs cérémonies diaboliques. Ainsi le temple du vrai Dieu devint la retraite des démons. Ils publièrent ensuite dans la ville qu’en détruisant l’autel ils y avaient trouvé des ossements et une certaine poudre, propre aux enchantements magiques, que les missionnaires employaient pour ensorceler ceux qu’ils voulaient attirer à leur religion.

¹ Dasseri : « Les Dasseris composent une secte d’adorateurs de Vitsnou »

² Néophytes : indiens nouvellement convertis au christianisme

Source :
Lettres édifiantes et curieuses des Jésuites de l’Inde au dix-huitième siècle, p.106, 107

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