Comment Vichnou devint Courtisane

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois dans mes articles du principe hindou des ascèses appelées tapas, ou tapasya (voir par exemple ici ou ici), qui permettent à celui qui les pratique de contraindre les dieux de leur accorder certaines faveurs, et bien souvent des pouvoirs fabuleux.

La Flotte nous conte une de ces histoires dans ses Essais historiques sur l’Inde (1760). Comme souvent, lorsque ça tourne mal, comme avec Ravân, c’est Vishnou le sauveur :

« On raconte de Routren (Rudra, c’est-à-dire Shiva) bien des aventures que je passe sous silence pour ne pas être trop long. Voici le plus grand danger où ce Dieu se soit trouvé ; il devait y périr sans le secours de Vichenou. Un Géant nommé Paramethouren avait long-tems fait pénitence en l’honneur de Routren, afin d’en obtenir quelque privilège. Ce Dieu fort satisfait de la pénitence de ce Géant, se montra à lui, et l’ayant accueilli gracieusement, lui demanda quelle faveur il attendait de lui ; le Géant lui répondit qu’il le suppliait de lui accorder le privilège de réduire en cendres tous ceux sur la tête desquels il mettrait sa main : Routren, sans examiner les conséquences de cette prérogative, la lui accorda sans balancer.
Aussitôt le Géant voulut s’assûrer si ce pouvoir était réel, ou si Routren se moquait de lui, et il porta la main sur la tête de Routren même. Le Dieu connaissant alors toute son imprudence, et se trouvant hors d’état de résister à son pénitent, eut recours à la magie, par la vertu de laquelle il se rendit si petit, qu’il pût aisément se cacher dans un fruit qui n’est pas plus grand qu’une noisette. La crainte qu’il avait du Géant, l’aurait forcé de rester là jusqu’à mourir de faim, si Vichenou, qui eut connaissance de son embarras et compassion pour lui, ne l’eût secouru. Il prit pour cela la figure d’une courtisane fort libre et se présenta devant le Géant qui fut d’abord épris de sa beauté. Cette prétendue fille le voyant ainsi passionné pour elle, lui dit qu’elle ne consentirait jamais à ses désirs, qu’il n’eût entièrement nettoyé son corps.
La passion que le Géant avait conçue pour cette courtisane le porta à faire tout ce qu’elle exigeait de lui. Il entra dans un étang, se lava le corps, et sans se souvenir du pouvoir fatal qu’il avait demandé, sa main n’eut pas plutôt touché sa tête qu’il fut lui-même réduit en cendre. »

Source :

Les Indes florissantes, Anthologie des voyageurs français (1750-1820) de Guy Deleury :

Comment Vichnou devint courtisane pp 680, 681

 

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